Baobab des Saveurs : solide et solidaire

En février 2017, j’ai passé 2 jours au salon Biofach-Vivaness pour voir ce qui se faisait sur le marché et rencontrer des partenaires actuels ou futurs dont Baobab des Saveurs.

Je ne sais plus comment j’ai découvert Baobab des Saveurs. Il est vrai que depuis plusieurs années, j’ai passé des heures sur les salon et sur internet à essayer d’identifier les filières de production et de distribution ainsi que les acteurs avec qui travailler. C’est chronophage mais passionnant !

Pour rappel, une des ambitions d’Adduna Beauté est d’acheter les matières premières le plus près possible de la source naturelle d’origine. Monter et structurer des filières de production, transformer les matières premières sont des missions importantes dans la chaîne de valeur. Comment passer de la graine ou de l’amande à l’huile ? C’est la qu’intervient Baobab des Saveurs.


Bonjour Pierre-Gilles. Nous avons pas mal échangé par email et au téléphone. Peux-tu m’en dire un peu plus sur toi ?

J’ai fait des études d’agronomie tropicale à Montpellier. J’avais trouvé un stage de fin d’études au Cambodge et après 2 expériences en Afrique, j’avais envie de changer un petit peu, de voir autre chose voulais voir d’autres pays. Mais à cause du SRAS, la mission a été annulée, l’organisme m’a fait une nouvelle proposition… et je suis arrivé au Sénégal. Cela s’est donc fait vraiment par hasard.

C’était en 2004-2005. Depuis je n’ai pas quitté le pays !

Là j’ai rencontré Mama Gueye, qui a été mon traducteur et m’a aidé dans les relations avec les maraîchers. Nous avons bien sympathisé. Il se trouve que pendant mon cursus, j’ai été fortement sensibilisé aux problématiques du développement et à sa sociologie, ainsi qu’au rôle des ONG. On s’est beaucoup demandé ce qu’allait être notre rôle et comment on allait contribuer. Il était difficile pour moi de travailler dans une ONG dont le schéma de fonctionnement et de dépenses ne me convenait pas…je voulais faire quelque chose de différents

Après mon stage, je suis revenu en France puis reparti au Sénégal pour créer Baobab des Saveurs avec Mama Gueye, devenu mon associé. Aujourd’hui, Mama est toujours actionnaire mais je suis seul aux opérations.

Qu’est-ce que Baobab des Saveurs ? Quelle est la particularité de Baobab des Saveurs ?

“Baobab”, c’est l’emblème de l’Afrique et du Sénégal, c’est quelque chose d’immense, d’énorme. L’idée était de représenter cette magnificence. Et “saveurs”, parce qu’il y en a en grand nombre et sous plusieurs formes (jus, sirops,…). Le business plan a beaucoup changé et a été revu. D’une implantation envisagée à Mbour, avec de la vente aux touristes, nous sommes passés à un tout autre modèle, à Thiès avec la vente d’ingrédients alimentaires et cosmétique et plus proche des agriculteurs.

Baobab des Saveurs, c’est une usine qui valorise les produits sénégalais ; l’idée c’est de faire connaître ces produits avec pour objectif d’aller de plus en plus vers des ingrédients élaborés, vers des actifs.

Selon moi Baobab des Saveurs se distingue de nombreux acteurs par l’aspect humain : les producteurs sont de vrais partenaires, payés à un bon prix. L’entreprise n’est pas là pour faire du business à tout prix. Il faut construire des filières, les valoriser et créer de la valeur.

Aujourd’hui Baobab des Saveurs est certifié bio pour plusieurs matières. La certification est un investissement d’environ 3300 euros/an, ce qui n’est pas négligeable au Sénégal. Cette certification est prometteuse pour 2017 : c’est un véritable levier commercial. Tous les ans, le nouvel audit permet de progresser au niveau qualité, traçabilité, contractualisation avec les producteurs. De plus nous sommes certifiés équitable et responsable (ESR) sur la filière dattier du désert.

Les producteurs ne peuvent pas tout faire, il faut aussi investir dans la transformation. Nous leur achetons des matières à un prix équitable à des producteurs organisé qui vont pouvoir élever leur niveau de vie, mieux vivre de son travail. Nous faisons le lien avec le monde urbain où nous avons un impact en créant des emplois notamment.

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Justement, comment Baobab des Saveurs s’inscrit-il dans le paysage régional ou national ? 

L’équipe est constituée de 5 personnes seulement ! J’habite à Thiès, Baobab des Saveurs est bien implantée dans cette ville. Le personnel qui est formé vient toujours du quartier de Medina Fall à Thiès. Cela fonctionne plus par réseau, par cooptation.

Pour le produit baobab, il y a 250 producteurs en Casamance ;  pour la matière dattier du désert, nous travaillons avec 170 femmes regroupées en 5 groupements du côté de Bambey et Thiès.

En tout, on peut compter environ 1000 producteurs. C’est une vraie responsabilité. Les gens comptent sur nous d’une année sur l’autre, on commence à créer un lien social avec eux, il faut être sur toutes les filières et bien les promouvoir.

« il faudra nouer des partenariats pérennes avec les chercheurs pour travailler sur l’ingrédient et l’actif afin de servir les industries cosmétiques et alimentaires. »

Parlons du moringa. Pourquoi les difficultés pour se procurer cette matière ? 

J’ai été contacté en 2015 par des Sénégalais travaillant avec des Chinois et en charge de collecter la matière première à la source.
Le moringa est considéré comme un super-aliment. Il est consommé tel quel en Asie pour ses bénéfices sur la santé. Le moringa est comme un arbre de vie dont on consomme les graines entières. Ils ont chargé des conteneurs de graines de moringa !

Les Asiatiques ont acheté des graines de moringa sur tout le continent, y compris à Madagascar. Ils ont concédé un bon prix pour les agriculteurs mais les autres acteurs du marché ont souffert de cette hausse inattendue de la demande. Baobab des Saveurs a été contraint de doubler ses prix de vente et de tripler ses prix d’achats. Les clients distributeurs à Dakar par exemple ont dû également répercuter cette hausse du coût de la matière première.

Alors que Baobab des Saveurs livrait l’huile de moringa par centaines de litres, avec la hausse forte et subite de la demande de graines de moringa, il était très difficile de respecter les engagements commerciaux.

Ensuite, d’autres plantes sont devenues à la mode en Asie et Chine, et le marché s’est équilibré.

Parfois seuls 25 FCFA suffisent pour un acteur décide de fournir une autre société… Baobab des Saveurs n’a pas encore réussi à établir une relation de confiance avec tous les agriculteurs de sa zone (région de Thiès au Sénégal) mais on y travaille. C’est un travail de longue haleine qui commence à porter ses fruits. J’ai signé des partenariats avec des producteurs de plusieurs régions du Sénégal.

 

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Qui sont les clients ? Où sont-ils ?

Les clients de Baobab des Saveurs sont pour les plus connus Pierre Fabre, Aroma-Zone, Greentech. Ils sont essentiellement en France, c’est plus facile si je puis dire. Néanmoins, je commence à bien développer l’export ailleurs qu’en France. Nous aimerions travailler plus avec les Pays-Bas, les Etats-Unis, le Japon,…

Pierre-Gilles, quelles sont les ambitions de Baobab des Saveurs pour les années à venir ?

J’aimerais que Baobab des Saveurs soit une usine certifiée HACCP dans 2 ans et certifiée ISO 9001 dans 4 ans (avant l’ISO 22000).

Baobab des Saveurs ambitionne également de proposer plus de produits certifiés biologiques et équitables et renforcer les filières du baobab et du dattier du désert

Dans 10 ans, j’aimerais vraiment être sur l’actif, exploiter le tourteau de baobab afin de pouvoir aussi gagner de l’argent avec. Baobab des Saveurs sera un vendeur d’actifs capables de concurrencer les entreprises marocaines, sud-africaines,…et qui se développent très rapidement.

Pour cela, il faudra nouer des partenariats pérennes avec les chercheurs pour travailler sur l’ingrédient et l’actif afin de servir les industries cosmétiques et alimentaires. Un doctorant de l’Ecole Supérieure Polytechnique fait des études actuellement sur l’huile de baobab. Il se concentre sur l’optimisation du process en étudiant l’influence de la durée de stockage des graines et  les modes d’extraction.

L’entreprise doit aussi capter des financements pour avancer et faire progresser la filière.


J’ai passé un excellent moment avec Pierre-Gilles, un homme intéressant, investi, passionné et bien ancré dans son environnement et dans le monde. Je vous reparlerai des sujets évoqués ensemble. En attendant, je vous invite à suivre les actualités de Baobab des Saveurs :

http://baobab-des-saveurs.com/

https://www.facebook.com/Baobab-des-Saveurs-107981002596678/

contact@baobab-des-saveurs.com

 

ELEMENTAIRE et ESSENTIEL

Codou CISSE

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